Espace

L’espace est au géographe ce que le temps est à l’historien. Lire le monde du point de vue de l’espace revient, pour le géographe, à étudier l’implantation des activités, l’organisation des villes, l’aménagement du territoire, le tracé des frontières, les réseaux de transports, etc.

Il nous semble que l’espace tel qu’on le perçoit l’espace à trois dimensions correspond à une réalité physique et non à une simple représentation du monde. Or, la physique contemporaine nous donne une tout autre vision de l’espace, qui n’épouse pas celle de notre intuition. Dans la relativité, l’espace n’est pas indépendant du temps (espace-temps) et prend la forme d’un espace-courbe qui ne respecte pas la géométrie d’Euclide (la ligne droite, par exemple n’est pas le plus court chemin). Notre perception courante de l’espace est donc plus liée, comme l’avait compris Emmanuel Kant, à nos cadres de pensée et de perception qu’à une réalité physique objective. Notre psychologie de l’espace est donc tributaire de notre champ perceptif comme la vision stéréotopique qui permet de voir les reliefs et la profondeur et de nos mouvements et actions.

Une autre dimension psychologique de l’espace a été explorée à travers la notion d’« espace personnel », étudiée notamment par Edward T. Hall, membre de l’école de Palo Alto, dans le cadre de la proxémique (l’étude de la perception et de l’usage de l’espace par l’homme). Lors des contacts, les personnes maintiennent une distance plus ou moins grande selon le degré d’intimité qu’ils entretiennent. Des amants se touchent et se collent l’un contre l’autre. Inversement, le statut de certaines personnes exige une « mise à distance » physique. Le degré d’espace personnel est également très variable selon les situations (dans un ascenseur ou le métro, il n’est pas le même que dans une salle d’attente de médecin) et les cultures (chez des Américains d’origines diverses, on a trouvé que ceux d’origine mexicaine se tenaient plus proches que les Américains anglo-saxons ou les Afro-américains).

La représentation de l’espace varie aussi dans le cerveau en fonction de l’experience et de l’expertise qu’un individu peut avoir d’un certain espace. Par exemple, une étude d’imagerie cérébrale a été réalisée auprès des chauffeurs de taxi londoniens, ayant une carte mentale détaillée de Londres, comprenant toutes les rues, les sens interdits, les raccourcis… Les résultats ont montré que l’hippocampe, cette structure du lobe temporal jouant un rôle essentiel dans les mémoires spatiale et déclarative (celle des événements et des faits), est surdéveloppé.

Bibliographie

* G.N. Fischer, La Psychologie de l’espace, Puf, 1981* E.T. Hall, La Dimension cachée, Seuil, 1978 1966* E.T. Hall, « Proxémique », dans Y. Winkin, La Nouvelle Communication, Seuil, 2000 * A. Moles, E. Rohmer, Psychosociologie de l’espace, l’Harmattan, 1998 1972