[Chiennes de garde] Fausse route ou faux procès ?.
Elisabeth Badinter illustre un courant actuel qui s’élève contre le féminisme avec des arguments infondés et incohérents.
Casimir n’a qu’à bien se tenir, le gloubiboulga fait un retour en force au pays de la philosophie.
Elisabeth Badinter nous a mises en procès. Nous ?
Difficile à dire. Le problème de sa méthode, c’est que sous couvert de ne pas vouloir polémiquer, elle ne cite presque personne, aucune association, de sorte qu’on n’a pas le droit de lui répondre vu qu’on n’est pas visées. C’est assez commode, de pouvoir dire à quiconque voudra la contredire « je ne parlais pas de vous ». Commode mais finalement pas très honnète. Une critique qu’on ne fonde pas est nulle et non avenue.
Comme dans toute démarche critique, comme dans tout essai, il y a les personnes qui sont citées, et il y a les absentes. En soi, ce n’est pas grave de ne pas citer chaque personne ou association de manière exhaustive. Mais ça peut devenir un problème, et c’est le cas ici avec Elisabeth Badinter.
A la lire, un certain nombre de critiques qu’elles fait s’adressent à une majorité de mouvements féministes français. Une majorité ? Tout d’un coup certaines absences vont sauter aux yeux des féministes. Par exemple, pas une seule fois Badinter ne parle du Collectif Féministe pour les Droits des Femmes. Certes il ne regroupe pas l’intégralité de nos associations, mais quand on prétend parler de majorité il est difficile de passer à côté.
Combien existe-t-il d’associations féministes en France ? Plusieurs centaines. Combien ont-elles de membres ? Plusieurs milliers. Alors quand on prétend parler de la majorité de ces milliers de personnes, il faut pouvoir prouver ce qu’on avance.
De même certaines critiques idéologiques sont curieuses. A peine Geneviève Fraisse est-elle citée, sans plus. Geneviève Fraisse, Françoise Collin, Michèle Le Doeuff, Dominique Méda, pour ne parler que des plus connues, sont des philosophes féministes francophones. On doit aussi ajouter Sylviane Agacinski, philosophe et féministe mais sur une ligne notablement différente des précédentes et de Badinter. Luce Irigaray, elle, n’est pas considérée comme féministe et ne le souhaite pas non plus.
Dans Fausse route, 4 ouvrages de philosophes sont cités en référence. L’un est de Sylviane Agacinski, un deuxième de Luce Irigaray, les deux autres sont d’Elisabeth Badinter. On se demande bien pourquoi les ouvrages de Fraisse n’y figurent pas. On aurait découvert que contrairement à Badinter, Fraisse a écrit 6 ouvrages théoriques sur la notion philosophique de différence des sexes, sa place dans la Révolution française et dans notre modèle républicain (1). Se contenter de dire qu’on s’est opposée à Geneviève Fraisse au sujet de la parité est un peu court. On se demande bien comment on va dégager la pensée philosophique majoritaire du féminisme français si on laisse délibérément de côté son pan le plus productif. Encore n’aura-t-on là que la production intellectuelle.
C’est un des problèmes de fond du le livre d’Elisabeth Badinter. On ne peut parler d’un mouvement associatif en se fondant sur des textes universitaires. On le pourrait si ces universitaires étaient toutes à la tête d’assocations féministes. Ce n’est pas le cas. Pour savoir ce que pense le mouvement, il faut lire ce qu’écrit le mouvement. Ce n’est pas en disant benoitement que « les Chiennes de garde n’ont pas à ma connaissance de théorie féministe » qu’on résout le problème (Figaro du 29.04.03). Ces centaines d’associations féministes, dont Badinter parle sans presque jamais les citer, elles ont une ligne directrice. Soit cette ligne est cohérente, soit elle est fluctuante, mais dire « à ma connaissance » en laissant entendre qu’on n’a pas vraiment jugé sur pièce, c’est du n’importe quoi. Pour savoir si les associations françaises sont sur la même longueur d’onde ou non, et sur quels sujets, ce n’est pas en lisant Luce Irigaray ou Andrea Dworkin qu’on sera renseigné-e. Regardons plutôt si les auteures féministes sont citées ou non par les associations, regardons plutôt si les discours tenus par les associations correspondent aux idées de telle ou telle auteure. Là on sera renseigné-e sur l’idéologie dominante ou sous-jacente, et laquelle (2).
En disant que tel ou tel mouvement n’a pas de pensée théorique, Elisabeth Badinter opère une séparation entre la production théorique d’une part, celle qu’elle lit, et d’autre part des mouvements associatifs. D’un côté c’est de nous qu’elle parle, les militant-e-s, et de l’autre elle nous exclut du jeu, et donc du champ de son étude.
Car c’est bien du féminisme qu’elle parle, pas seulement des écrits théoriques mais aussi voire surtout du mouvement. D’un côté elle nous tape dessus, prétendant décrire une majorité qui n’existe que dans ses fantasmes, et de l’autre elle nous exclut. Ca n’a pas de sens. Intellectuellement on nage dans l’à peu près et le sautillement aléatoire. On passe du théorique au concret sans comprendre pourquoi, on garde ceci mais on exclut celà, sans plus d’explication, et l’on peine à trouver une méthode intellectuellement rigoureuse.
Du coup on trouve le meilleur comme le pire dans cet ouvrage et les interviews qui le promeuvent. Plus d’une fois telle ou telle idée d’Elisabeth Badinter correspond à ce que pensent de nombreuses féministes sinon leur majorité. Mais voilà, imaginez la scène : vous commencez à lire, vous tombez sur une idée qui vous vous va comme un gant, et deux lignes plus loin apprenez par Badinter que vous pensez le contraire et que c’est mal. Comment ça ? Je pense le contraire de ce que je pense ? Première nouvelle. Quand on croit dur comme fer que « on ne nait pas femme : on le devient », et qu’on combat l’essentialisme d’Antoinette Fouque depuis des années, c’est assez désagréable de lire tout le contraire. Elisabeth Badinter n’aimerait pas que nous sillonions la presse en répandant partout que « Badinter est pour le port du voile, vous savez ». Elle n’aimerait pas parce que c’est faux et c’est même le contraire de ses idées. Nous ne lui faisons pas ce type de faux procès. En revanche elle reproche à quantité de féministes de tenir des positions qui ne sont pas les leurs.
Avec l’imprécision et le flou artisitique de sa méthode, on ne peut guère s’étonner de lire tant d’erreurs sous sa plume (c’est par bonté d’âme que nous ne parlons pas de mensonges).
Voilà pour la méthode ou plutôt l’absence de méthode.
Cette absence de méthode entraîne de facheuses contradictions. On va voir que celle qui a combattu avec tant de force l’idée que nous serions déterminée-s par notre sexe n’a pas su éviter le piège qu’elle dénonce chez nos adversaires.
A plusieurs reprises Elisabeth Badinter expose sa conception historique, culturelle, des identités. Pourtant le vernis craque dès les premières pages de son dernier livre, Fausse Route. Le plus grand flou règne dans l’utilisation des mots. On sait rarement si c’est elle qui parle ou si elle cite sans distance. Page 12, en parlant des années 1980, « la femme devenait l’héroïne du film… ». LA femme, la femme au singulier, vous voulez dire cet être dont vous prétendez par ailleurs qu’elle n’existe pas plus que l’Homme au singulier ? Curieuse entrée en matière et première contradiction.
En réalité, Elisabeth Badinter ne peut s’empêcher malgré ses efforts de considérer les hommes avec maternalisme et essentialisme. Voilà déjà le troisième ouvrage qu’elle consacre aux hommes et à leur défense (3). Alors qu’elle est tout ouïe aux plaintes des hommes, elle récuse celles des femmes, alors même que les faits et chiffres qu’elle cite inviteraient à l’attitude inverse. On dirait que les pleurs des hommes l’émeuvent plus que ceux des femmes. Beaucoup plus.
Ni dans son dernier ouvrage ni dans ses multiples interviews de promotion Elisabeth Badinter ne s’interroge sur la sexualité des femmes et le formatage culturel qu’elle peut subir. En revanche elle et Marcela Iacub n’ont de cesse de dénoncer un « formatage de la sexualité masculine », qu’elles nous attribuent à nous autres féministes (4). Pour prouver que nous avons tort, Mme Badinter ne trouve rien de mieux que citer dans « Fausse Route » le recteur de la mosquée de Bordeaux (p.65), présenté comme exemple-type de NOS erreurs. Comme si les propos de cet ecclésiastique que je ne connais pas engageaient les féministes en quoi que ce soit. Le comble du ridicule est atteint.
Essayant de nous railler, elle écrit tout de go, « tout est en place pour déclarer la guerre aux méchantes pulsions » (p.146). « Comme si le militantisme pouvait mettre au pas la pulsion masculine » (p.169). Et nous de rire. A ne pas chercher si les femmes peuvent avoir des pulsions, on ne risque pas de les trouver. A lire cette éminente philosophe, seuls les hommes ont des pulsions, et ces pulsions ne peuvent être contrôlées. Voilà très exactement un discours essentialiste, et de la pire espèce puisqu’il revient tout bonnement à justifier la violence masculine. On comprend mieux pourquoi Mme Badinter produit tant d’efforts pour décrédibiliser l’enquête sur les violences faîtes aux femmes, portant sur 7000 femmes (5). En revanche elle ne voit pas d’inconvénient à souligner le « malaise » des hommes sur la foi d’un dossier du magazine Elle (du 10 mars 2003), dossier dans lequel pourtant de nombreux hommes contredisent ouvertement ledit malaise. Visiblement tout est bon pour défendre les hommes, mais rien n’est assez solide pour parler des violences subies par les femmes. Ainsi, Elisabeth Badinter écrit que pour rendre crédible les déclarations des 7000 femmes enquêtées il faudrait les confronter à leur conjoint. Voilà d’emblée 7000 femmes soupçonnées a priori de mensonge par une intellectuelle qui se prétend féministe. On croit rêver.
Autant dire qu’à ses yeux la parole des femmes n’a pas de réalité propre, et doit toujours être validée par celle des hommes. Inversement, les grandes lignes de 48 entretiens informels lui suffisent (sans qu’elle s’interroge ni sur leur représentativité ni sur les modalités d’entretien), et il ne lui vient pas à l’esprit de réclamer que ces propos soient validés par les conjointes. Tout ce qui va dans le sens du bien être des hommes, tout ce qui sort de leur bouche, est sacré pour Elisabeth Badinter. Au contraire femmes et féministes lui sont toujours suspectes, au point qu’on se demande encore pourquoi elle tient à se dire féministe.
De même concernant les prostituées, alors que des dizaines de reportages et de références scientifiques leur donnent la parole et leur sont consacrés, elle réussit le tour de force de prétendre qu’elles n’ont aucun accès à la parole (6). Pourquoi ? Parce que majoritairement celles qui parlent disent le sordide de leur situation et l’envie d’en sortir (7). Dire que les prostituées n’ont pas la parole, c’est nous inviter à oublier tous les témoignages décrivant l’horreur quotidienne de la prostitution. Dire qu’elles sont toutes forcément libres, sans s’interroger sur les causes de l’entrée dans la prostitution (8), c’est aussi faire un blanc-seing aux clients et les dédouaner de toute réflexion.
Elisabeth Badinter va très loin dans son essentialisme. Bien qu’elle prétende le contraire, elle ne peut penser en dehors de la dualité des sexes et de l’hétérosexualité. La seule fois du livre où elle parle des lesbiennes, page 61, c’est pour les mettre en bloc dans la catégorie des femmes refusant la maternité ou n’y ayant pas accès (mais dans quel monde vit-elle ? elle ne sait donc pas que des lesbiennes font des enfants, et parfois en adoptent ?).
Rappelons que pour Elisabeth Badinter l’idée d’un « instinct maternel » est une création sociale, elle n’est pas innée mais inculquée. Fort bien. Mais la voilà incapable de se rendre compte que la formation des stéréotypes de genre commence dès la conception (9). Pour elle la remise en cause du genre doit attendre l’âge adulte. Tant d’ignorance ne manque pas d’étonner de la part d’une intellectuelle renommée. Jugeons sur pièce.
« Non pas qu’il faille distinguer les tâches féminines et masculines à la maison. Mais imposer aux petites filles et aux jeunes garçons les mêmes jouets, activités et objets d’identification est absurde et dangereux. L’apprentissage de l’identité sexuelle est vital » (p.171-172). Alors comprenons-nous bien. Les jouets en question sont ceux qui invitent le garçon à se projeter en guerrier et corps puissant (jeux de guerre, sport, robot justicier…), et ceux qui invitent la fille
à se projeter en ménagère et à cultiver la passivité, l’immobilité et l’apprêt de son corps (poupées à maquiller et habiller, maisons de poupées, dinette…).
Les jouets ne sont pas seulement « des jouets », ils contribuent à former les enfants aux stéréotypes de genre. Ainsi même si les parents partagent indifféremment les tâches, c’est la fille qui subira l’incitation à se coltiner les travaux ménagers, et pas le garçon. Si comme elle le dit les différences de comportement entre les sexes sont artificielles, alors il n’y a aucune raison de contribuer à cet artifice par les jouets, au contraire.
Notons au passage que les garçons sont qualifiés de « jeunes » tandis que les filles sont « petites », autrement dit les filles sont déjà infériorisées dans l’esprit d’Elisabeth Badinter et dans cette citation.
Le propos serait inepte si Elisabeth Badinter n’avait pas une idée derrière la tête. « C’est seulement lorsque le sentiment d’identité masculine n’est plus une question que les frontières s’effacent et que la connivence peut naître » (p.172). Car « on ne joue pas avec l’acquisition de l’identité sexuelle [du garçon] » (ibid).
Ce que nous explique Mme Badinter, c’est que si on éduque les garçons de manière « masculine », donc avec la supériorité associée à cette masculinité, et que les filles sont éduquées de manière « féminine », avec toute l’infériorité associée à la féminité, on parviendra à la « connivence » (sic). « Connivence » et « différence », ce n’est qu’une reformulation de cette complémentarité vantée par Mme Agacinski et qu’elle ne cesse de critiquer.
Evidemment, elle ne pipe mot de l’acquisition de l’identité féminine, sans quoi elle serait obligée de parler de cette infériorisation, et le conservatisme de son propos éclaterait. Mme Badinter croit aux baguettes magiques, elle croit que les adultes vont soudain récuser les stéréotypes sexués alors qu’on aura tout fait dans l’enfance pour leur inculquer.
Elisabeth Badinter valorise les évolutions des femmes depuis les années 1970, mais pousse des cris d’orfrai dès qu’on demande aux hommes de changer eux aussi. Elle nous accuse alors de vouloir « domestiquer » leur sexualité (10). Mais ce qu’on domestique ce sont les animaux sauvages. C’est justement parce que les hommes ne sont pas des animaux que nous pensons qu’ils peuvent maîtriser leurs pulsions et ne doivent pas être esclaves de leurs hormones. Cette accusation sent l’essentialisme à plein nez.
Mme Badinter dit qu’il ne faut surtout pas entraver l’acquisition par le garçon de son « identité masculine ». Elle dit même que c’est « vital ». Le mot n’est pas prononcé, mais l’idée exacte derrière ces arguments est que les féministes veulent castrer les hommes. Voilà une prétendue féministe, qui vient dire aux hommes qu’ils doivent craindre les féministes car elles sont castratrices. C’est ni plus ni moins que le motif récurrent des antiféministes et des misogynes depuis l’Antiquité. Et c’est l’argument le plus bas et le plus conservateur qu’on pouvait imaginer.
Elisabeth Badinter instruit un procès à charge contre les féministes de tous bords. En cela elle ne cherche pas à répondre à des questions importantes (comment les identités de genre sont elles acquises ? l’existence de pulsions justifie-t-elle des attitudes agressives ? etc.), mais ne retient de ce qui passe à sa portée que les arguments pouvant conforter les hommes dans leur modèle traditionnel, les incitant donc à ne pas se poser de questions sur leurs attitudes et leurs responsabilités.
Les propos de notre grande philosophe sont truffés de non-dits et d’incohérences. Sur le plan intellectuel elle fait honte au titre universitaire qui lui sert de caution. Et elle fait honte à un féminisme actif qu’elle essaie de saborder. Au bout du compte elle est surtout une alliée du pouvoir masculin et de l’ordre établi.
mathieu, bureau des Chiennes de garde
(1) voir également notre page de bibliographie pour combler les « oublis » d’Elisabeth Badinter. De Geneviève Fraisse : Muse de la raison (démocratie et exclusion ds femmes en France), Aliena, 1989 ; La raison des femmes, Plon, 1992 ; La différence des sexes, PUF, 1996 ; Les Femmes et leur histoire, Gallimard, 1998 ; Les deux gouvernements : la famille et la Cité, Gallimard, 2000 ; La controverse des sexes, PUF, 2001. On lui doit également des articles et contributions sur la parité.
(2) Fausse Route compte environ 230 notes de bas de page, dont 54 renvoient à des journaux aussi variés que Le Monde, Paris Match, Psychologies, mais principalement Elle (8 notes) et Libération (13 notes)… La presse n’est pas le reflet du mouvement et n’a d’ailleurs pas à l’être. Seulement 2 notes renvoient à des associations, pour les contester. Si le but est de cerner une opinion dominante dans la société, l’utilisation des sources de presse est trop lacunaire et pas suffisamment méthodique. Si le but est de cerner le discours des associations, on s’attendrait à ce qu’elles soient citées autrement que par des allusions.
(3) Paroles d’hommes, POL, 1989 ; XY, de l’identité masculine, Odile Jacob, 1992 ; Fausse route, Odile Jacob, 2003. En revanche elle n’a consacré qu’un seul ouvrage aux femmes, L’amour en plus (Flammarion, 1980). On notera aussi que quand Geneviève Fraisse, Michèle Le Doeuff, Elsa Dorlin, ou même Mona Ozouf, écrivent sur des intellectuels des temps passés, ce sont des femmes, tandis que Mme Badinter se consacre à des hommes tel Condorcet. Il n’y a là rien de mal, mais nous insistons juste sur ce fait que la vie des hommes semble plus préoccuper cette illustre « féministe » que la situation des femmes. Volà qui est déjà plus contradictoire.
(4) Interrogées ensemble dans Le Nouvel Observateur du 8 mai 2003. Mais également E. Badinter dans Fausse Route, dans Elle du 21 avril 2003, et M. Iacub dans Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ?
(5) On peut lire ici la brochure décrivant l’enveff, première enquête sur les violences faites aux femmes en France. On y découvre qu’elle a fait l’objet d’une première phase de test sur 484 personnes. A savoir également, en statistique on estime que les pourcentages deviennent très fortement représentatifs et fiables à partir de 1000 personnes. L’enveff a procédé par questions fermées parce que décrire des actes précis est possible même lorsqu’on n’a pas soi-même conscience de subir une violence. De même répondre par « oui ou non » évite de prononcer soi-même des mots que l’on ne réussit pas à dire. Il est précisé qu’un petit nombre seulement a refusé de prolonger l’entretien lorsque commençait la partie consacrée aux violences. L’accueil par les interrogées a été évalué et pris en compte, et les enquêtrices elles-mêmes ont été interrogées pour connaître leur attitude tout au long de l’enquête. Autrement dit toutes les précautions et tous les contrôles nécessaires à la qualité scientifique ont été réunis, y compris le recours à un statisticien du CNRS.
(6) Fausse Route, mais également Le Monde du 31 juillet 2002.
(7) Lire par ailleurs les entretiens dans notre rubrique. Hormis 2 associations de prostituées, Cabiria et France Prostitution, les témoignages sont globalement négatifs sur cette activité. Parmi ces témoignages, lire Weltzer-Lang et alii, Les uns, les unes, et les autres ; Nicole Castioni, Le soleil au bout de la nuit ; Histoire d’une prostituée, de Clara Dupond-Monod avec Iliana ; entretien avec Cathy, ex-prostituée, Nouvelles Questions Féministes, n°2/2002 ; dossier dans Politis du 23 septembre 1999 ; Claudine Legardinier, Les traffics du sexe ; ou encore la revue Prostitution et Société. Témoignages plus anciens, ceux d’Ulla par 3 fois depuis 1976, de Barbara et De Coninck, La partagée, J. Cordelier La dérobade, Kate Millet en 1972, G. Réal La passe imaginaire. On notera également que la télévision française a diffusé depuis un an une bonne cinquantaine de reportages dans lesquels des prostituées s’expriment, s’ajoutant à des documentaires plus anciens comme celui de Jean-Michel Carré de 1994 à 1996 ou Dominique Gros en 2000. On est loin du silence assourdissant dont Elisabeth Badinter nous prétend responsables. Il n’est pire sourde que celle qui ne veut entendre.
(8) Claudine Legardinier, La prostitution, édition Milan. Lilian Mathieu, « Se prostituer ? jamais par plaisir », Femmes rebelles, Manière de voir n°68, avril-mai 2003.
(9) cf. Alain Braconnier, Le sexe des émotions, Odile Jacob, 1996.
(10) Elle tenait d’ailleurs les mêmes propos à la télévision, sur la 5e, en novembre 2002. Elle rejoint sur ce terrain le discours dangereux de Marcela Iacub et Patrice Maniglier (Le Monde, 2 février 2002), de Michel Schneider (LM, 7 mars 2002), d’Odon Vallet (LM, 6 juin 2002), qui tou-te-s nous accusent de vouloir « criminaliser le désir », comme si le désir était indissociable de la violence.
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