I- L’INCONSCIENT FREUDIEN

A- Le concept d’inconscient

B- Conséquences et caractère révolutionnaire de cette théorie

C- Valeur de cette théorie : Métapsychologie : l’hypothèse de l’inconscient comme hypothèse scientifique

II- LES CRITIQUES

A- L’OBJECTION ETHIQUE : SARTRE ET LA MAUVAISE FOI

Conclusion A

B- LA CRITIQUE DE LA SCIENTIFICITE (POPPER)

Conclusion B

III- COMMENT (OU PEUT-ON) SAUVER FREUD? – Grünbaum, La psychanalyse à l’épreuve

Conclusion


Problème : l’hypothèse de l’inconscient est-elle si nécessaire? Ne serait-ce pas une nouvelle illusion? Pour répondre à ces deux questions, nous allons nous tourner vers deux types classiques de critiques de l’inconscient : il s’agit de la critique éthique, et de la critique scientifique.

Introduction : Sartre et le mouvement existentialiste

Né en 1905 et mort en 1980.

Fondateur de l’existentialisme.

a) L’existence précède l’essence

Thèse qui signifie que l’homme se définit peu à peu et que sa définition est toujours ouverte.

Sartre, L’existentialisme est un humanisme, pp. 16- et 22-23 :

« l’existence précède l’essence, ou, si vous voulez, il faut partir de la subjectivité. Que faut-il entendre au juste par là? Lorsqu’on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ou un coupe-papier, cet objet a été fabriqué par un artisan qui s’est inspiré d’un concept; il s’est référé au concept de coupe-papier, et également à une technique de production préalable qui fait partie du concept, et qui est au fond une recette. Ainsi, le coupe-papierest à la fois un objet qui se produit d’une certaine manière et qui, d’autre part, a une utilité définie, et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l’objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l’essence -c’est-à-dire l’ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir- précède l’existence; et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminée. (…) Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur; (…)le concept d’homme, dans l’esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe-papier dans l’esprit de l’industriel; et Dieu produit l’homme suivant des techniques et une conception, exactement comme l’artisan fabrique un coupe-papier suivant une définition et une technique. Ainsi l’homme individuel réalise un certain concept qui est dans l’entendement divin. Au 18e siècle, dans l’athéisme des philosophes, la notion de Dieu est supprimée, mais non pas pour autant l’idée que l’essence précède l’existence. (…) L’homme est possesseur d’une nature humaine; cette nature humaine, qui est le concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d’un concept universel, l’homme (…).

L’existentialistme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme, ou, comme le dit Heidegger, la réalité humaine. Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. (…)

« L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table? Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se jeter vers l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur; rien n’existe préalablement à ce projet; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. »

Sartre soutient donc la thèse de la liberté totale de l’homme. Mais il y a des distinctions à faire pour bien comprendre ce qu’est cette liberté :

« Non pas ce qu’il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c’est une décision consciente, et qui est pour la plupart d’entre nous postérieure à ce qu’il s’est fait lui-même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n’est qu’une manifestation d’un choix plus originel, plus spontané que ce qu’on appelle volonté. Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. »

S’il y a bien des situations qui nous obligent à choisir, c’est à nous de choisir le rapport que nous aurons face à ces situations -ce qui n’est autre que la « valeur » des choses ou situations. Il y a quatre grands types de rapports possibles face aux choses : soit on cherche à :

-reculer les limites que nous imposent ces situations

-les franchir

-les nier

-s’en accomoder

Mais, en choisissant un de ces projets, et donc, la valeur des situations, l’homme se détermine librement par rapport à elles, et est responsable de ce choix.

Cf. exemple du rocher :

Sartre, L’Etre et le Néant, Ed. Tel Gallimard, pp.526-27 :

« Beaucoup de faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est-à-dire par une position préalable d’une fin, que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher, qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide préciseuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même -s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même-il est neutre, c’est-à-dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxilliaire. »

En conséquence de cette liberté fondamentale à l’homme, Sartre va dire que la condition humaine est double; l’homme est à la fois transcendance et facticité.

b) la transcendance

Sartre caractérise l’homme en l’opposant à la chose; c’est un « sujet ».

-Caractéristiques de la chose : elle est fermée sur elle-même; elle a un contenu, une forme, déterminés; elle est ce qu’elle est, ie, elle obéit au principe d’identité; elle est un « être-en-soi« .

-De l’homme : il est une conscience, dont la caractéristique principale est justement de n’avoir ni forme ni contenu déterminés; elle n’est rien « en soi »; elle est « pour soi« . Elle est, dit Sartre, néant, projet, transcendance : ie, elle est toujours autre que ce qu’elle est, elle se transcende toujours vers autre chose. La conscience est ce qu’elle n’est pas (son projet) et n’est pas ce qu’elle est (son passé). Toujours en dehors d’elle-même.

c) La « facticité »

La conscience est aussi, toutefois, au milieu d’un monde de faits étrangers : ce que Sartre appelle la facticité de la conscience, renvoie au fait que je fais aussi partie de ce monde pour d’autres consciences, et que j’ai un corps, une place, un passé, un environnement.

1) Sartre et la critique de l’inconscient : la mauvaise foi

Sartre est un de ceux, avec Alain, autre philosophe français, qui s’est fortement opposé à l’hypothèse de l’inconscient. Selon lui, croire à la réalité de l’inconscient, c’est rejeter ce qui pourtant est fondamental à l’homme : la liberté. Mais c’est également une attitude radicalement humaine, que l’on peut qualifier de fuite, d’angoisse, devant cette trop grande liberté.

Il va donc montrer que l’hypothèse de l’inconscient n’est pas nécessaire, même pour expliquer certains aspects ambigüs et complexes du comportement humain, et qu’elle est plutôt une notion non seulement contradictoire mais aussi immorale, car elle nie toute liberté et par là empêche toute responsabilité envers nos actes.

Ce qui est intéressant, c’est que Sartre explique à l’intérieur même d’une philosophie de la conscience, ie, en gardant le postulat de l’immédiateté de la conscience, des comportements que Freud explique par le recours à l’inconscient -ce qui devrait donc invalider la thèse de Métapsychologie. Pour Sartre, ces comportements vont en effet pouvoir s’expliquer par « la mauvaise foi », qui manifeste simplement le fait que l’homme est une conscience et donc un être ambigü.

Pour montrer cela, nous allons partir d’un exemple de comportement ambigü. Nous verrons ensuite comment Freud expliquerait cet exemple, puis comment Sartre l’explique. Enfin, il nous faudra montrer les enjeux de la critique sartrienne.

a) Un exemple de comportement ambigü : la jeune fille à son premier rendez-vous amoureux

Prenons avec Sartre l’exemple d’une jeune fille à son premier rendez-vous amoureux. Elle et son fiancé sont assis sur un banc côte à côte. Soudain, son fiancé lui prend la main. Elle la lui abandonne et feint de ne rien remarquer. Elle se met à parler de choses très sérieuses (pourquoi pas de philosophie…), ignorant totalement le caractère charnel de l’invitation. Elle ne s’aperçoit pas du tout du caractère charnel de l’invitation (ce jeune homme a fortement envie de l’embrasser…). Elle se fait au contraire, en réponse à ce geste du jeune homme, « tout esprit ».

D’un côté, elle est sensible au désir qu’elle inspire, mais de l’autre, le désir cru et nu, dans ce qu’il a de plus charnel, lui fait horreur. Elle fait donc comme si le désir ne s’adressait pas à elle, mais à son corps; elle diffère ainsi le moment de la décision.

C’est donc là une situation conflictuelle : il y a un conflit à l’intérieur de cette jeune fille, puisqu’elle veut et ne veut pas à la fois ce désir. On peut dire qu’elle connaît l’intention de son partenaire (flirter avec elle), et sait très bien qu’elle doit prendre assez rapidement une décision concernant cette intention. Mais, d’un autre côté, elle ne veut pas en sentir l’urgence : ainsi fait-elle seulement attention à ce que l’attitude de son partenaire offre de respectueux. Elle idéalise le désir. Ainsi quand il lui dit : « je vous admire tant », elle s’efforce, elle feint, de ne pas faire attention à l’arrière-fond sexuel de cette situation/affirmation.

Mais alors, cette situation de conflit à l’intérieur d’elle-même, n’est-elle pas aussi et surtout un véritable paradoxe, un comportement inexplicable?

b) L’aspect paradoxal de ce comportement ou : la mauvaise foi

En effet, il apparaît que ce que semble faire cette jeune fille, c’est se mentir à elle-même. Mais qu’est-ce que se mentir à soi-même?

  • Le mensonge

b1) Mensonge et mauvaise foi -ou : le mensonge à soi

Définissons d’abord le mensonge, pour bien comprendre comment il paraît paradoxal de se mentir à soi-même.

Mentir, c’est cacher la vérité à quelqu’un, donc, à quelqu’un d’extérieur à soi-même. Cette vérité qu’on cache, on la sait, bien entendu, sinon, on ne ment pas, on se trompe, on fait une erreur.

Exemples :

(1) quand je dis que « deux et deux font cinq » au lieu de dire que « deux et deux font quatre », en croyant dire un énoncé vrai, c’est une erreur; je me trompe, et je l’ignore (je ne me trompe pas moi-même !)

(2) quand je dis que « deux et deux font cinq » à mon petit frère qui a cinq ans, alors que je sais que « deux et deux font quatre », je trompe mon petit frère, je lui cache la vérité que je connais : je lui mens

Le menteur a donc l’intention de tromper quelqu’un, et ne se dissimule nullement cette intention.

Le mensonge à soi-même ou la « mauvaise foi »

Par définition, il semble bien impossible de se mentir à soi-même. En effet ce serait un comportement dans lequel on devrait être soi-même l’objet du mensonge, en même temps que le sujet. Mais on ne peut se mentir à soi-même, à partit du moment où ce qu’on veut cacher, on le connaît!

Or, dans notre exemple, il semble bien que la jeune fille se mente à elle-même. En effet, cette jeune fille fait tout pour ignorer l’aspect charnel de la situation. Elle se dit : « non! Il ne me désire pas seulement moi en tant que corps, mais ce qu’il aime avant tout en moi, c’est mon intelligence ». Pourtant, elle est en même temps tout à fait consciente de ce que signifie le geste de son fiancé.

Sartre appelle ce comportement dans lequel on se ment à soi-même, souvent pour se sortir de situations qui nous humilient ou qui sont trop difficiles à supporter (cf. le cas de la malheureuse Elisabeth dont nous paralait Freud dans ses Etudes sur l’hystérie!), la « mauvaise foi ». Elle consiste à user alors de raisons par expédient, en les adoptant (ie, en y croyant).

Problème : nous sommes donc en présence d’un comportement totalement paradoxal, et qui paraît inexplicable. On est tenté de répondre à Sartre que pour se mentir à soi-même il faut avoir conscience de se mentir, et donc, ce n’est plus se mentir. Ie : c’est tout simplement une attitude impossible.

b2) Le sauvetage freudien

Le seul moyen de rendre compte de ce genre d’attitude consiste, soit à déclarer malades les personnes qui se mentent à elles-mêmes; soit à recourir au concept d’incosncient! De nouveau, cela reviendrait à montrer le bien-fondé de la théorie de l’inconscient.

On peut d’ailleurs s’autoriser un parallèle de cette situation avec le cas de la jeune Elisabeth qui souffre de symptômes dus au fait qu’elle refoule son désir d’épouser le mari de sa sœur.

Nous avons vu que ce comportement était, dans le cadre de la théorie freudienne, tout à fait compréhensible. Si on fait appel au double (ou au triple ?) aspect de la personnalité (surmoi-moi-inconscient), à la notion de censure et de refoulement des désirs à connotation sexuelle ou qui se heurtent aux interdits du surmoi, alors, tout devient explicable. Il faudrait dire alors que ce qui explique que notre jeune fille à son premier rendez-vous « ignore » l’aspect charnel de la situation, c’est que son désir sexuel se heurte à la sévérité de sa conscience morale, si bien qu’elle le rejette dans son inconscient. Mais tout ceci se passe, bien entendu, sans qu’elle en soit consciente…

  • a) La censure comme notion contradictoire

2) Pour Sartre, la notion d’inconscient n’est pas recevable et pose plus de difficultés qu’elle n’en résout; il vaut donc mieux recourir à la mauvaise foi

Pourquoi Sartre refuse-t-il alors le recours à l’inconscient pour expliquer le comportement de la jeune fille?

C’est que la notion de censure, essentielle à la théorie de l’inconscient, lui paraît être un phénomène conscient. En effet, pour censurer quelque chose, il faut bien connaître cette chose et donc avoir conscience de la censurer! Par là, évidemment, c’est la notion d’inconscient elle même qui, selon Sartre, est contradictoire.

b) La mauvaise foi remplace la censure

Il n’est pas plus simple, contrairement à ce qu’on pouvait penser au premier abord, de recourir à la notion d’inconscient pour rendre compte des conflits psychiques. Au contraire, c’est bien plus simple de s’en passer, et de remplacer la censure par la mauvaise foi. Alors que la notion de censure opère une scission à l’intérieur du psychisme humain, la notion de mauvaise foi sauvegarde son unité.

La mauvaise foi n’est nullement une instance séparée de la conscience, mais un « écran » posé par la conscience elle-même devant des désirs refoulés et refusés.

Voici comment Sartre va pouvoir rendre cette attitude explicable :

b1) en rattachant ce genre d’attitude à la condition humaine elle-même : ce qui rend possible la mauvaise foi, c’est la dualité humaine.

En effet, nous avons vu, dans l’introduction, que l’homme se caractérise par sa conscience, par sa liberté, et par sa double réalité.

La caractéristique principale de l’homme est donc de n’avoir précisément aucune forme ou contenu déterminés : l’homme, avons-nous dit, n’est rien en soi, mais il est à tout moment possibilité de dépasser ses déterminations, d’échapper à toute définition. Il existe donc hors de soi, il est toujours autre que ce qu’il est. Ainsi Sartre dit-il que la conscience est ce qu’elle n’est pas (car elle est projet), et n’est pas ce qu’elle est (son passé).

Mais rappelons aussi que l’homme est encore facticité : la facticité, c’est tout ce que je ne choisis pas, par exemple, mon corps, ma situation historique et géographique, la présence d’autrui, qui me fige dans mes possibilités, pour qui je suis comme une chose…

La mauvaise foi va être la manifestation principale de cette dualité; on peut dire aussi que la mauvaise foi est ce qui caractérise la condition humaine. L’homme de mauvaise foi fuit ce qu’il est pour se poser autre, afin d’échapper à l’angoisse ressentie devant la difficulté de la prise en charge de notre liberté et à l’omniprésence des autres libertés. C’est possible car en un sens, il est tout à fait vrai que nous sommes toujours autres que ce que nous « sommes ». Cet être auquel je veux donc échapper et que je suis pour autrui, ou encore, qu’autrui me fait être, je le suis, et en même temps, je ne le suis pas.

Ainsi peut-on expliquer maintenant le comportement de notre jeune fille à son premier rendez-vous de la façon suivante : elle utilise avec brio la double propriété de l’être humain, qui est à la fois facticité et transcendance. Elle affirme tour à tour que la facticité est transcendance et que la transcendance est facticité (ou qu’elle est ce qu’elle n’est pas et qu’elle n’est pas ce qu’elle est). Ainsi, livrée au désir de son partenaire, elle se croit libre alors que c’est autrui qui l’est; et elle veut ignorer qu’elle est libre et doit choisir (elle s’angoisse alors devant sa liberté).

b2) en recourant à la distinction conscience spontanée et réfléchie

Si, certes, ces contenus ne vont pas être vraiment présents à la conscience claire, ils ne sont pas pour autant hors de la conscience…

3) La mauvaise foi contre la psychanalyse : le déterminisme psychique comme fuite devant l’angoisse.

Finalement, Sartre va aller jusqu’à montrer que croire à l’hypothèse de l’inconscient, est une attitude de mauvaise foi. Freud serait donc lui-même de mauvaise foi. Pour montrer cela, Sartre insiste sur l’aspect déterministe de toute explication par l’inconscient. Or, selon Sartre, recourir à l’explication déterministe n’est autre chose que de fuir devant l’angoisse qu’éprouve le sujet à être un sujet libre, « déterminé » seulement par lui-même.

Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Ed. Nagel, p.80 :

« Si nous avons défini la situation de l’homme comme un choix libre, sans excuses et sans secours, tout homme qui se réfugie derrière l’excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi ».

Tout déterministe est une excuse, et les excuses déterministes servent à se cacher notre liberté totale; dès lors, les hommes qui recourent à ce genre d’excuses sont des lâches. Freud, qui fait de l’inconscient le maître de nos choix et de nos conduites, est donc un lâche, qui ne fait rien d’autre que de chercher des excuses à nos actes. Il nous déresponsabilise.

Ainsi, il est faux de dire qu’on n’y peut rien, que nous sommes de toute éternité déterminés, que ce soit par l’inconscient social ou individuel.

Sartre reproche donc à Freud deux choses :

(1) d’avoir voulu supprimer la mauvaise foi en brisant l’unité du psychisme.

Pour Sartre, le processus de refoulement se fait consciemment, et c’est un processus de mauvaise foi. En effet, la censure est consciente de la tendance à refouler (sinon, comment saurait-elle ce qu’il lui faut refouler?) mais précisément pour ne plus en être consciente. La censure n’est donc pas une force aveugle. La conscience enveloppe, même si c’est de façon obscure, une compréhension du but à atteindre qui est simultanément désiré et défendu, voire refoulé.

(2) d’avoir développé un déterminisme psychique, ce qui détruit la liberté humaine.

Nous avons vu en effet que l’idée majeure de la psychanalyse, c’est qu’il y aurait un inconscient actif, qui conditionnerait, à l’insu du sujet, ses comportements. Ainsi, le sujet agirait en fonction de tendances qui le meuvent inconsciemment. Le sujet se trouve déresponsabilisé. Or, pour Sartre, ces tendances se réalisent avec mon concours : ie, je leur prête une efficience, par une perpétuelle décision sur leur valeur.

C’est donc à l’aspect humiliant, et non libérateur, de la psychanalyse, que s’oppose donc Sartre.

Or, Freud pourrait rétorquer que sa tâche ultime est justement de chercher à libérer l’homme des déterminismes qui le gouvernent à son insu en lui faisant connaître (par la talking-cure) ce qui le détermine. Ou encore, et ce genre de défense est plus décisif, il pourrait rétorquer, comme d’ailleurs ill’a fait maintes fois, que Sartre n’accepte pas sa nouvelle image de l’homme, et que son attitude de refus est même une preuve de l’existence de l’inconscient. En effet, le psychanalyste peut toujours déceler dans cette volonté critique un refoulement (inconscient) de la psychanalyse.

Mais alors, on peut se demander si, avec cette hypothèse de l’inconscient, la psychanalyse n’aurait pas un moyen de répondre à toutes les objections. Ne serait-elle pas dès lors irréfutable? C’est précisément ce genre de questions que s’est posé Popper dans le cadre d’une recherche des critères de démarcation entre les théories scientifiques et non scientifiques.

Introduction

Qui est Popper? C’est un philosophe britannique d’origine autrichienne; né à Vienne en 1902 et mort à Londres en 1994. Principalement un épistémologue, ie, il s’interroge sur les fondements des sciences, sur la nature de la connaissance, sur ce que nous pouvons connaître, etc.

Dans Conjectures et réfutations (1953), se trouve sa critique, maintenant célèbre, de la psychanalyse. Dans cet article, il s’interroge sur les différences entre diverses théories (les sciences de la nature, la psychanalyse, le marxisme, l’astrologie, etc.). Par là, il voulait voir si elles étaient toutes scientifiques, et essayer de voir ce qui fait la scientificité d’une théorie. Sa question est celle de savoir quand on doit conférer à une théorie un statut scientifique.

Nous avons vu que Freud affirme explicitement que la psychanalyse est une théorie scientifique. Il insiste souvent en disant que de nombreuses « observations cliniques » appuient l’hypothèse de l’inconscient. Présupposé de Freud : une hypothèse ou une théorie est scientifique si elle est confirmée par une multitude d’observations.

Pour vérifier ce statut scientifique de la psychanalyse, Popper va d’abord étudier une théorie scientifique, celle d’Einstein, puis, il va la comparer à la psychanalyse. La question directrice est celle de savoir si une théorie est d’autant plus scientifique qu’elle est confirmée par des observations allant en son sens.

1) Qu’est-ce qu’une théorie scientifique?

Prenons pour exemple la théorie einsteinienne de la gravitation. Cette théorie scientifique affirme l’existence d’un champ de gravitation autour des planètes, qui fait que la lumière est déviée.

Cette théorie se caractérise par le fait qu’elle a des implications empiriques, ie, vérifiables/observables. Ainsi, si elle dit vrai, alors, on doit pouvoir observer que les étoiles voisines du soleil s’éloignent de cet astre, à cause de la courbure induite par le champ magnétique.

Lors d’une éclipse de soleil, on est parvenu à vérifier/observer cette conséquence observable de la théorie einsteinienne.

Qu’est-ce qui fait donc que cette théorie est scientifique, et qu’une théorie en général est scientifique? Est-ce bien, comme le croit Freud, le fait qu’il y a des observations allant dans son sens? Est-ce bien la multitude des confirmations empiriques de celle-ci? Si c’était le cas, alors, la recherche scientifique consisterait à chercher à confirmer le plus qu’il est possible sa théorie. C’est d’ailleurs bien, nous y reviendrons plus loin, ce que fait Freud.

Or, pour Popper, ce qui fait la scientificité d’une hypothèse ou d’une théorie, c’est au contraire le risque pris à l’infirmer (car confirmer est toujours possible). Le critère de la scientificité d’une théorie réside donc dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter, ou de la tester.

La science fonctionne suivant le modèle suivant (c’est le modus tollens):

(1) si H implique E et que non E, alors, non H

Par contre, le modèle suivant (modus ponens) est non valide :

(2) si H implique E et que E alors H; si on a E alors H n’acquiert pas pour autant une certitude absolue

Or, on reconnaît là le critère freudien de la scientificité d’une théorie, et en l’occurrence, de l’inconscient. Popper va donc pouvoir s’attaquer à la scientificité de la psychanalyse.

  • a) On ne peut la mettre à l’épreuve

2) La non scientificité de la psychanalyse

D’abord, Popper constate que le critère majeur de la scientificité d’une théorie, celui de l’infirmation possible, n’est pas applicable à la psychanalyse.

a1) En effet, comment avoir accès à l’inconscient?

On ne peut par définition y accéder, si ce n’est le psychanalyste lors de la cure. Si l’inconscient était accessible, ce serait alors quelque chose de conscient, ou bien, il ne serait pas irréductible à la conscience…

a2) Le procédé immunitaire : la psychanalyse est infalsifiable

Pire encore, Popper montre que la psychanalyse fait tout pour ne pas être infirmée (ie, c’est tout le contraire d’une attitude scientifique!).

En effet, chaque fois que quelqu’un critique le concept d’inconscient, ilse voit aussitôt classé parmi les « rationalistes » dont les présupposés philosophiques s’opposent à un concept nouveau (tout comme ils ont pu s’opposer dans le passé à l’idée de vide ou de force à distance).

Exemple : si on critique le pansexualisme de Freud, cette critique se voit attribuée à un refoulement des tendances sexuelles (inhibition venue du surmoi, culpabilisation, etc.), bref, à un refus d’accepter la thèse critiquée. Autrement dit, elle n’est autre qu’une confirmation de la théorie de Freud!

Si donc on critique quelque aspect que ce soit de la théorie de l’inconscient, on se voit opposer l’argument imparable des résistances inconscientes. Les critiques scientifiques elles-mêmes (comme l’est celle de Popper…) sont donc l’expression de quelque chose de refoulé, ie, le refus de voir détruite une image de l’homme conscient, libre, etc.

La psychanalyse fonctionne donc à l’instar d’un processus immunitaire, interdisant à toute objection extérieure de pénétrer dans le système.

La psychanalyse est donc irréfutable/inflasifiable : rien ne pourra jamais l’infirmer, la contredire; alors que selon Freud le fait que tout puisse être subsumé sous cette théorie est le signe de l’hyper-scientificité de la psychanalyse, il est selon Popper le signe de sa non-scientificité. Ce qui pour Freud est une force est donc pour Popper le point faible de la psychanalyse.

b) La théorie de l’inconscient n’est autre qu’un dogme

On ne peut donc par définition réfuter l’hypothèse de l’inconscient. En effet, si on étudie de plus près cette théorie, on ne peut qu’être choqué par le fait qu’elle est une sorte de grille universelle qu’on peut étendre à tous les domaines humains, et à travers laquelle tous les comportements vont pouvoir être interprétés et recevoir un sens (tout cela, a priori, sans attendre le verdict de l’expérience!).

Exemple : la psychanalyse s’applique aux œuvres d’art, à la religion (cf. L’avenir d’une illusion), aux problèmes politiques et sociaux (cf. Totem et tabouMalaise dans la civilisation). Voulant tout expliquer, la psychanalyse finit par devenir une sorte de grand fourre-tout servant à expliquer n’importe quoi. Elle s’applique à tellement de choses qu’elle les absorbe en elle plus qu’elle ne les explique…

La concurrence d’autres théories comme par exemple le marxisme ou la psychanalyse d’Adler, qui interprète tous les comportements en termes de complexe d’infériorité, montre les limites de ce genre de théories : elles s’appliquent à tout, et en même temps elles s’excluent.

Exemple :

(1) selon Freud, la source de tous nos comportements se situe dans une instance intérieure, l’inconscient

(2) selon Marx, la source de tous nos comportements se situe dans une infrastructre sociale

Or, si (1) alors non (2), et réciproquement.

(1′) chacun de nous est selon Freud amené à vivre selon un même schéma de développement (phases de la sexualité, complexe d’Œdipe, structure familiale, etc.)

( 2′) il y a selon Marx modification historique de l’humanité (donc, de la famille, de la sexualité;

De nouveau, on voit que (1′) et (2′) s’excluent mutuellement; car s’il y a développement historique des structures comme la famille, alors, on ne voit pas comment le même schéma pourrait subsister.

c) Autres points anti-scientifiques de la psychanalyse

La critique poperienne a le mérite de s’attaquer au noyau de la psychanalyse. Mais de nombreux aspects plus particuliers de celle-ci peuvent encore être attaqués par la science :

c1) Contrairement aux théories scientifiques, qui doivent être complètement indépendantes de leur créateur, la théorie de l’inconscient est étroitement liée à la vie privée de son inventeur.

Ainsi, de nombreux biographes ont montré que Freud était secrètement amoureux de sa mère, beaucoup plus jeune que son mari. Ou encore, que sa famille accordait une grande importance aux garçons, etc.

c2) Dépendance de la psychanalyse par rapport à son époque et à l’occident

Sa théorie est datée historiquement et culturellement; elle a été en quelque sorte « à la mode »; or, une théorie scientifique est universelle et vaut dans tous les temps et dans tous les lieux. Cf. importance de la sexualité et de sa répression au 19e; les structures familiales ne sont pas les mêmes selon les peuples et les époques, etc.

c3) Les cures sont en général inefficaces et dangeureuses

Bref : tout s’oppose au texte de Métapsychologie dans lequel Freud estime nécessaire l’hypothèse de l’inconscient, et affirme qu’elle mène à une thérapeutique efficace.

Popper peut alors retourner contre la psychanalyse sa réponse classique à ceux qui critiquent la théorie de l’inconscient. Freud répondrait en effet à Popper, comme à Sartre, que s’il critique la psychanalyse, c’est qu’il est victime d’un refoulement, qu’il refuse de savoir des choses sur lui-même qui l’humilieraient. Popper lui répond que cette objection est justement la meilleure preuve ou confirmation qui soit pour appuyer son critère de démarcation entre sciences et pseudo-sciences : il va en effet dire que la psychanalyse se montre ici sous son jour d’irréfutabilité, puisque l’inconscient est quelque chose d’irréfutable. Bref : la réponse freudienne ne fait que confirmer que la psychanalyse, tout comme l’astrologie, n’est qu’une pseudo-science.

Introduction : l’herméneutique

Pour autant, cela ne signifie pas que la psychanalyse est négligeable, ou vide de sens, bref, absurde, contrairement à ce qu’on a pu penser après la critique poppérienne. Mais on peut dire qu’elle est de l’ordre de l’interprétation (herméneutique) des comportements humains, et non de l’ordre d’une science, contrairement à ce que Freud a prétendu.

C’est ce que montre A. Grünbaum dans son ouvrage intitulé La psychanalyse à l’épreuve.

Qu’est-ce que l’herméneutique?

Originairement, ce terme s’appliquait à l’exégèse des textes, surtout à l’Ecriture sainte. Puis, ce terme s’est progressivement appliqué aux sciences humaines, pour finir par désigner « l’art de comprendre les manifestations de la vie ». Par là, les sciences humaines revendiquent une méthode propre, qui s’oppose aux sciences de la nature. Alors que ces dernières ont avant tout à voir avec l’explication par les causes, de quelque chose d’extérieur à nous et valant pour tous les temps et tous les lieux, la méthode herméneutique fait appel au sentiment, du fait que ce qui est ici en question, c’est une connaissance de l’humain.

Cf. surtout Dilthey, 1833-1911, Le monde de l’esprit :

« Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique ».

Par là, Dilthey veut dire que si on utilise dans le monde humain des procédés tout aussi logiques et rationnels que dans le monde naturel, il faut nécessairement avoir recours, dans ce domaine, à la sympathie, car ce qu’il s’agit de comprendre, c’est un autre homme, pas une chose. Ainsi parle-t-il de méthode poétique, qui, tout en étant d’une scientificité incertaine, reste scientifique malgré tout…

L’interprétation hérméneutique de la psychanalyse a donc aujourd’hui remplacé la critique scientifique. Elle se veut une interprétation non scientifique de la psychanalyse, mais :

1) L’herméneutique s’oppose ouvertement à la thèse poppérienne selon laquelle la psychanalyse n’est pas testable.

Pourquoi? Parce que :

a) les défauts intellectuels de la psychanalyse sont trop subtils pour pouvoir être détectés par le critère poppérien de démarcation par la réfutabilité

b) et surtout, on a reconnu, après Popper (cf. Duhem, in cours théorie et expérience), que la théorie newtonienne n’est pas plus ouverte à la réfutation que ne l’est la théorie freudienne de la psychanalyse.

2) Elle reconnaît que Freud a réellement découvert des phénomènes et connexions qui n’étaient pas connus auparavant.

Cf. Mérites de sa découverte :

-a pris au sérieux les fous (alors qu’à son époque, les médecins considéraient les hystériques comme des transgresseurs de lois, et étaient mal traités)

-découvert tout un symbolisme qui permet d’interpréter ce qui jusqu’alors était absurde ou délaissé car réputé ne pouvant rien apporter à la connaissance de l’homme.

Freud aurait ainsi ouvert un nouveau champ d’investigations, non pas en découvrant, au sens strict, un continent inconnu, mais une façon de voir qui a enrichi notre compréhension.

3) Le problème, c’est que la psychanalyse s’est explicitement voulue explication scientifique .

Freud croit bien parler de causes, puisqu’il croit au rôle causal des processus inconscients. Ainsi, dans la théorie du refoulement, ce qui importe, c’est que les répressions sexuelles sont des agents pathogènes cruciaux des désordres mentaux, que les faits infantiles refoulés sont à l’origine des rêves, et que les divers types de pensées refoulées, déplaisantes, produisent les divers actes manqués. Tout acte manqué doit nécessairement avoir été produit par un motif refoulé

Freud dit pouvoir expliquer (non interpréter) comment un lapsus a été produit, par la méthode de l’association libre. Un refoulement R présent avant que soit commis un acte manqué par une personne X doit être considéré comme sa cause si R réapparaît dans la conscience de X au cours d’associations libres suscitées par sa prise de conscience du contenu de son erreur. Le but de sa thérapeutique reposait sur ce postulat, puisque la cure psychanalytique était censée agir sur la cause en agissant sur le symptôme. Freud dit pouvoir expliquer (et non comprendre ou interpréter) comment un lapsus a été produit, par la méthode de l’association libre. Et si un patient est guéri, cela confirmerait les interprétations étiologiques que lui a données son médecin, au moins dans les dernières phases de l’analyse.

Par là, la psychanalyse s’est bien rendue victime d’une confusion qui en affecte les ambitions et qui, surtout, la prive du bénéfice du doute dont il serait possible de la créditer. En effet, ces connexions, en étant rabattues sur le schéma d’une explication causale, perdent le pouvoir descriptif qui leur était lié.

4) Solution herméneutique : consiste à faire la distinction entre comprendre et expliquer :

Grünbaum soutient qu’il n’y a en fait rien à expliquer mais qu’il s’agit de comprendre, ie, de faire voir des connexions, qui ne renvoient nullement à des causes, ni même sans doute à une prétendue entité mystérieuse.

Il insiste ainsi sur le fait que le refoulement n’est qu’une condition nécessaire, mais pas suffisante, de la genèse des névroses. Alors que pour Freud, un acte originaire de refoulement était considéré comme la cause sine qua non de l’apparition de la névrose. Maintenant, on dit qu’il y a bien un lien, une connexion, mais que ce lien est très lâche, non exhaustif. C’est une « relation de sens », pas un lien causal. On dit que, bien que les associations libres faites par le patient n’indiquent pas la cause du lapsus, elles sont toutefois très révélatrices de la structure psychologique de la personne qui les forme. Feud a confondu les relations de sens avec les relations causales, ou, comme le dit Grünbaum, il a accordé trop d’importance explicative aux relations de sens. Il a souvent tiré des inférences causales fallacieuses de simples liens de signification. Là où freud établit un lien causal entre le trauma originel et son symptôme ultérieur, Grünbaum dit qu’il y a entre eux une parenté ou affinité thématique. C’est tout.

5) Un exemple : l’homme aux rats (1909).

Freud affirme que le refoulement de l’épisode ancien de punition pendant l’enfance a été le facteur causal crucial de la pathogenèse des craintes obsessionnelles ultérieures du patient. Freud dit que les obsessions des rats sont la défense névrotique du patient contre ses propres souhaits punitifs inacceptables à l’encontre de son père. Il existerait un lien causal entre l’expérience de la punition d’enfance et la haine du père.

Objection ou rectification de Grünbaum : Freud infère ici la cause supposée de l’obsession du rat par l’intermédiaire d’une parenté thématique entre la culpabilité de la morsure malicieuse, et de l’intolérable comportement du rat en train de ronger. La relation thématique invoquée par Freud dans le cas de l’homme aux rats ne prouve donc pas le rôle étiologique de la punition paternelle dans la pathogenèse des obsessions du rat .

Il donne un autre cas typique d’inférence litigieuse faite par Freud : celui de l’affinité aversive entre l’incapacité de boire de l’eau d’Anna O et le dégoût traumatique ressenti en silence à la vue du chien de son ami en train de boire… (Pour Freud, l’expérience de la vue du chien ayant une affinité aversive avec le vomissement hystérique, cela nous indique que c’est la cause du vomissement)

Concluons avec Grünbaum que si l’hypothèse de l’inconscient est utile et nécessaire pour rendre compte du somportement humain (complexe), il ne faut pas non plus tomber dans le piège auquel n’a pas su échapper Freud, à savoir, confondre les « relations thématiques » avec des relations causales véritables. C’est tout le problème de la confusion entre le sens et la vérité.

Bibliographie

Freud, Introduction à la psychanalyse; Etudes sur l’hystérie; Métapsychologie

Grünbaum, La psychanalyse à l’épreuve, Ed. de l’Eclat

Leibniz, Nouveaux Essais, Préface

Popper, Conjectures et Réfutations

Sartre, L’existentialisme est un humanismeL’Etre et le néant